La prise de conscience à 12 ans
Tout commence pour moi à 12 ans, en 1997, lorsque je tombe sur des images de la vache folle. Pour la première fois, je fais le lien entre les animaux et ce qu’on met dans notre assiette. Du jour au lendemain, je décide d’arrêter de manger de la viande.
À la maison, mon père reste sceptique, mais ma mère s’adapte rapidement et me soutient. Elle remplace la viande par du fromage, des œufs ou du poisson. En revanche, à l’extérieur, c’est une autre histoire : moqueries, questions incessantes, sentiment de honte… Je préfère alors éviter la cantine du collège et rentrer déjeuner chez moi.
Un nouveau cap à 20 ans : la réduction des produits laitiers
Vers 20 ans, après des années d’acné, mon dermatologue me conseille de réduire drastiquement ma consommation de produits laitiers. Ils sont omniprésents dans mon alimentation : lait au petit-déjeuner, fromage et yaourts à chaque repas, crème dans de nombreux plats.
Je commence par supprimer le lait du matin et réduire les yaourts, mais il me faut encore deux ans pour arrêter le fromage. Les effets sont immédiats : ma peau s’améliore et je perds un peu de poids. Mon alimentation devient plus équilibrée, bien que je consomme pas encore beaucoup de légumineuses. Je compense en mangeant plus d’œufs et de poisson. C’est aussi plus facile à assumer socialement : pour moi, c’est une question de santé, plus que d’éthique.
De nouvelles interrogations à 30 ans
Autour de mes 30 ans, des problèmes de digestion apparaissent. Après de nombreuses consultations, je décide d’éliminer totalement les œufs et les produits laitiers, y compris ceux cachés.
Cette fois je mange davantage de légumineuses mais c’est encore trop peu dans ma vie de jeune femme sportive et je compense en mangeant encore plus de poisson, environ 3 fois par semaine. A l’extérieur c’est difficile de se passer de produits laitiers mais la justification étant liée à ma santé, à nouveau je trouve cela plus facile d’assumer. Et en 2015, le poisson est partout, il est facile d’éviter la viande sans attirer l’attention.
Le bébé qui m’a fait devenir végane
À 34 ans, je tombe enceinte. Consciente des métaux lourds dans le poisson, je décide d’arrêter d’en consommer temporairement, sans vraiment chercher à équilibrer mon alimentation. Très vite, je suis carencée en fer.
Les compléments médicaux en fer me causent de violentes douleurs intestinales, en plus de la constipation liée à la grossesse. Résultat : une carence en fer rapide. Ma médecin me déconseille vivement de prendre des compléments en fer végétaux et elle m’affirme qu’il est indispensable pour ma santé et celle de mon bébé de consommer de la viande rouge et des abats plusieurs fois par semaine. Fatiguée, vulnérable et soucieuse de bien faire, je l’écoute. Mon compagnon s’empresse d’aller chez le boucher et, persuadée d’agir pour le bien de mon enfant, je mange un steak de boeuf par semaine, noyé sous les sauces et les épices pour en masquer le goût. En plus, ma médecin insiste pour que je continue à en manger pendant plusieurs mois après l’accouchement, pour récupérer. Je le vis mal, moi qui n’ai pas mangé de steaks depuis plus de 20 ans, mais j’essaie de ne pas trop y penser.
L’électrochoc
Un jour, alors que mon bébé a 5 mois, je tombe sur une vidéo qui change tout. Je suis littéralement en train de l’allaiter et je scrolle sur mon téléphone quand apparaît sur mon écran un veau, à peine né, arraché à sa mère, qui le cherche et le pleure. Ce que je découvre alors me bouleverse. Pour qu’une vache produise du lait, elle doit mettre au monde un veau. Et pour que nous consommions ce lait, son petit doit en être privé. Moi, jeune maman allaitante et qui a tant lutté pour y parvenir, je me mets à la place de cette maman animale. Je ferais n’importe quoi pour protéger mon bébé et le garder près de moi et je réalise que c’est pareil pour elle, et pour tous les animaux finalement.
Je continue à scroller et je tombe sur des vidéos qui documentent la réalité des élevages et des abattoirs. Pour la première fois, je prends conscience de ce que subissent réellement les animaux, qu’ils soient exploités pour leur lait, leurs œufs, leur laine, leur peau ou leur chair. Cette cruelle injustice me fait mal, très mal, au plus profond de moi.
Une matresence végane difficile
Décidée à arrêter de consommer des animaux, je traverse une véritable tempête émotionnelle. Moi qui vivais un post-partum plutôt serein, je sombre dans une immense tristesse, qui se transforme en colère, en perte de joie de vivre, en isolement. Je me brouille avec des amies, j’en parle sans arrêt à ma famille et je ne supporte plus de voir les autres manger des animaux.
Je viens de prendre mon rôle de maman, dont j’avais les valeurs en tête, mais tout est balayé. Comment vivre en sachant ce que j’ai découvert ? Comment je l’expliquerai à mes enfants ?
Seuls les moments passés avec mon bébé me réconfortent, il m’a aidée à ouvrir les yeux sur la cruauté du monde et me permet d’y trouver encore un peu de joie et de bonté.
Se reconstruire et se former
Une question m’obsède : comment être en bonne santé sans consommer d’animaux ? Je n’avais pas réussi pendant ma grossesse, et maintenant, je suis responsable de l’alimentation de mon enfant.
Petit à petit, je découvre qu’une grossesse végétarienne – et même végane – est tout à fait possible. Que les enfants peuvent grandir en parfaite santé avec une alimentation 100 % végétale. Mais je réalise aussi à quel point les professionnels de santé en France sont mal informés, voire totalement fermés à cette réalité. Lorsque vient le moment de la diversification alimentaire, je me heurte à leurs injonctions : ils ne me donnent aucun conseil, mais insistent pour que je donne de la viande à mon fils. Il en consommera quelques semaines avant que je décide à ses 7 mois qu’il sera végétarien.
Car la recherche et les études sont claires : être végane à tout âge de la vie est non seulement possible, mais peut même être bénéfique pour la santé, à condition d’avoir les bonnes informations et d’adopter quelques nouvelles habitudes. Mais à l’époque, je ne trouve aucun accompagnement adapté aux bébés, peu de conseils concrets et encore moins de recettes. Alors, je décide de me former. Je ferai une première formation en nutrition végétale whole food plant-based diet, à la Cornell universitity puis une seconde, Plant-based nutrition à la Winchester univerity, beaucoup plus complète. Je serai ensuite formée par une diététicienne végane américaine en alimentation et nutrition pédiatrique.
Un nouveau départ
Je décide alors de quitter mon CDI dans une grande entreprise, et je rejoindrai plus tard l’Association Végétarienne de France et commence à accompagner les futures mamans vers une alimentation végétale sereine.
Trois ans plus tard, j’ai mené une deuxième grossesse 100 % végane, sans aucune carences : avec une alimentation végétale saine et équilibrée, je n’ai même pas eu besoin de compléments en fer ! Je suis extrêmement fière d’avoir fabriqué une petite fille 100% végane dès sa conception. Mon fils, qui a aujourd’hui, à cinq ans, est fier d’être végane. Mon compagnon m’a suivie, et aujourd’hui, toute notre famille partage ces valeurs.
J’essaie maintenant de montrer aux parents qu’il est possible d’allier conviction, bien-être et sérénité, même pendant la grossesse et la petite enfance.
👉 Pour aller plus loin :
📌 Notre formation sur la diversification végé, co-conçue avec Astrid, diététicienne diplômée, est toujours disponible pour vous accompagner.
📌 Inscrivez-vous à la liste d’attente pour la formation sur l’alimentation végé des enfants, afin d’apprendre à équilibrer sereinement leur alimentation sur le long terme.
Merci d’être là, et à très bientôt pour la suite de cette aventure !